Edito 34
Nécessité fait loi
Pourquoi tourner autour du pot ? Il y a des réalités économiques et politiques qui ne nécessitent pas de longues analyses pour être comprises : la France, pour préserver et mettre en valeur les monuments appartenant à l'État, n'a plus guère les moyens de ses ambitions. On le savait. Cela se confirme. Il va même falloir s'y habituer. Les professionnels du bâti ancien le vérifient presque chaque jour dans leur travail et dans l'établissement de leurs perspectives de développement.
Il est donc temps de rappeler que le patrimoine dont l'État est propriétaire ne représente même pas 5 % de la totalité du parc architectural historique classé. Ce n'est évidemment pas une consolation, mais c'est dire que, parallèlement, cette réalité économique tend de plus en plus à faire porter toute l'attention - et tous les espoirs ! - sur les maîtres d'ouvrage privés et les collectivités. Là, malgré toute la complexité des montages financiers à mettre en œuvre et certaines situations administratives déconcertantes, les chantiers s'activent.
Dans ce numéro, l'impressionnante réhabilitation des anciennes Pompes funèbres de Paris transformées en vaste lieu à vocation culturelle (p. 6) ou la poursuite des travaux de renforcement et de remplacement des structures au château de Mesnières-en-Bray après les ravages de l'incendie (p. 27) font écho au dynamisme des entreprises et des passionnés : ouverture d'un centre de formation aux techniques des peintures minérales (p. 24), restaurations touchantes de vérité et d'authenticité dans le bâti rural (p. 37), entre autres nombreuses initiatives réussies.
Il est donc évident que, tant pour les fabricants de matériaux spécialisés que pour les entrepreneurs du secteur, l'avenir est encore et toujours plein de promesses d'activité.
Il n'en demeure pas moins qu'une société qui ne considère pas essentielle, au plus haut niveau décisionnaire, la connaissance de son passé, de sa culture classique et des savoir-faire qui l'ont lentement sculptée au fil du temps ne peut que s'appauvrir. Espérons que ce n'est pas celle dans laquelle nous nous apprêtons à vivre.
S. V.
Correctrice
Véronique Parmentier
En couverture
Vue intérieure des Pompes funèbres de Paris
Photo : A. C. |