Edito 35
Vers un nouvel équilibre ?
Dans le secteur du bâti ancien, il en est aujourd'hui comme dans bien d'autres domaines économiques français : des habitudes doivent être changées, des schémas de pensée souvent ancrés depuis des décennies doivent être remis en cause. Il n'est évidemment pas question de jeter les règles de l'art par-dessus les moulins, ni de réaliser à la va-vite des opérations dont l'essence même exige un temps d'exécution défini. Mais bien des entreprises comprennent - de gré ou de force - que des impératifs budgétaires nouveaux et la pugnacité commerciale sont des paramètres à entériner coûte que coûte. On voit maintenant de grandes signatures de la profession prospecter à des centaines de kilomètres de leur base, alors qu'il y a encore dix ou quinze ans, elles faisaient la fine bouche, pour ne pas dire la moue, devant des contrats de petite ou moyenne importance. On voit aussi, hélas, quelques petites structures changer complètement de cap, abandonner les travaux sur l'ancien, lassées du rapport entre la nécessaire complexité et des revenus financiers qu'elles n'estiment pas à la hauteur de l'effort consenti. Bon. Chacun voit midi à sa porte. C'est autant de gagné pour les autres, diront les mauvaises langues. On voit surtout - constatation revigorante ! - se développer le mécénat privé : dans ce numéro, la belle opération Velux à la Sainte-Chapelle en est un parfait exemple, mais il n'est pas le seul. D'autres, plus modestes, moins spectaculaires mais également utiles, se mettent en place un peu partout. C'est sans doute un système promis à un bel avenir, et c'est tant mieux. D'ailleurs, si le thème de l'édition 2008 du Salon international du patrimoine culturel, au Louvre, est précisément le mécénat, ce n'est pas vraiment un hasard.
Le temps de la manne publique est fini. Le temps des rentes aussi. Le travail ne manque pas, loin de là. L'urgence gronde, au contraire. Allons-nous, à la fin, tout laisser s'écrouler ? Foin des sanglots inutiles. Voici l'âge de savoir ce que l'on veut vraiment pour le formidable héritage architectural que nos ancêtres nous ont légué, pierre, sueur et sang. Ite missa est. L'action privée s'impose.
De toute façon, soyons clair : de l'argent, il en faut. Et, croyez-moi, si l'on ne se débrouille pas tout seuls, avec pragmatisme, il ne tombera pas des gargouilles.
S. V.
En couverture
La restitution des toitures des logis royaux du château de Chinon est l'un des chantiers de MH les plus spectaculaires et les plus importants en cours en France.
Photo : A. C. |