Edito 33
Les parents pauvres
Le nouveau rapport sur l'état du parc monumental de notre pays (voir notre analyse p. 29) laisse à tous les observateurs un curieux goût d'amertume. D'un côté, on admet que nos monuments représentent une source non négligeable, même parfois essentielle, d'enrichissement tant intellectuel qu'économique. De l'autre, on constate, en prenant un air contrit, la misère de leur condition, ou en tout cas de beaucoup d'entre eux. Hormis Paris et quelques grands sites régionaux emblématiques - pour lesquels, souvent, le poids politique n'est pas négligeable -, on a quand même un peu l'impression de se trouver face à une certaine situation d'abandon. Certes, on parle de trouver de nouveaux types de financements : on évoque le mécénat, le loto, comme en Angleterre, on parle des nouvelles possibilités offertes par la publicité sur les bâches des échafaudages des chantiers, enfin, on parle beaucoup.
Sur le terrain, les entreprises spécialisées l'avouent à mots à peine couverts : elles ne comptent pratiquement plus que sur les budgets privés, municipaux et régionaux pour faire tourner la boutique. D'ailleurs, dans ces cas, les travaux s'exécutent bien et sont nombreux, qu'il s'agisse de la réfection de la charpente d'un château appartenant à un particulier ou de la transformation d'anciens bâtiments industriels en zone d'activité tertiaire. Sans compter que les décideurs locaux sont bien conscients de l'impact positif de telles opérations sur le public : les élections municipales de cette année le démontrent encore. Le secteur, loin de courir à la ruine, tourne donc plutôt bien, car il est très vite parvenu à opter pour des solutions pragmatiques et à travailler avec ceux qui, tout simplement, en ont les moyens. Sous cet angle, les acteurs du patrimoine, au sens large du terme, sont plus que jamais dynamiques, débrouillards et volontaristes.
Aide-toi, le ciel t'aidera : telle est, de plus en plus, la devise des professionnels de la valorisation du patrimoine français.
S. V.
À participé à ce numéro :
Stéphane Berhault
Dépôt légal : 1er trimestre 2008
En couverture :
Détail de l'église Sainte-Catherine, à Honfleur. Datant de la seconde moitié du XVe siècle, c'est la plus grande église de France toute en bois avec clocher séparé. Les charpentiers médiévaux l'ont bâtie avec le bois de la forêt de Touques, selon des techniques de construction navale.
Photo : A. C. |